Loi sur la CENI : Un nouveau deal entre la mouvance, l’UFDG et l’UFR

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Depuis de nombreuses années, la plupart des pays africains ont construit un système électoral qui se repose sur une « sorte de corrélation quasi axiomatique  entre la légitimité électorale et la conduite du processus électoral par un organe indépendant de régulation des élections » (Mbodji,). Cette pratique que l’on peut considérer comme étant la manifestation de l’imagination africaine en matière d’ingénierie électorale, remet en cause ce qui jusque là est considérée comme une tradition électorale inspirée de l’ancien maitre(le colon). La Guinée n’échappe à cette règle, mais en Guinée, après l’avènement de la démocratie, le Ministère de l’intérieur et de la décentralisation était chargé de l’organisation des processus électoraux. Ce qui faisait de lui le principal animateur. Et cela ne garantissait pas la sincérité du scrutin.

Mieux les représentants à la base étaient devenus  aussi des instituions à la solde du pouvoir. Toujours selon Mbodji, ce noyautage de la chaine du processus électoral par le gouvernement et ses démembrements territoriaux est dès lors perçu comme un facteur négatif  qui limite l’épanouissement  des compétitions électorales ou du jeu démocratique dans les « jeunes démocraties » africaines. C’est dans ces contextes de méfiance que les institutions électorales indépendantes on vu le jour un peu partout en Afrique avec des appellations différentes. En Guinée, ce fut la CENI (commission électorale nationale indépendante) qui a vit le jour en 2008.

Cette commission électorale nationale indépendante a été  donc créée conformément aux articles 2 et 132 de la Constitution et à l’article 2 du code électoral. Elle est chargée de l’établissement et de la mise à jour du fichier électoral, de l’organisation du déroulement, de la supervision des opérations de vote et de la proclamation des résultats. Elle est dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, elle a son siège à Conakry.

Cette institution en charge des élections, est techniquement aidée par les départements ministériels concernés par le processus électoral (Ministère de l’administration du territoire et Ministère de l’intérieur). Au niveau de la direction centrale, l’institution est composée de 25 membres dont 10 choisis par les partis politiques de la Mouvance, 10 par les partis politiques de l’opposition, 3 membres désignés par les organisations de la société civile, et deux membres désignés par l’administration. Ils ont un mandat de 7 ans non renouvelable. Cette institution a été créée dans un contexte de crise opposant la mouvance et l’opposition dans la lutte contre les fraudes électorales.

Sa création devrait donc permettre à la démocratie guinéenne d’avoir des structures de gestion électorale neutres, efficaces et transparentes. Ainsi, sa force devrait résider dans sa capacité à rendre le processus électoral fiable en ralliant la confiance du peuple, et en contribuant à la démocratisation des processus électoraux de la Guinée.

Mais au regard de nombreuses défaillances qui ont emmaillées les dernières compétitions électorales, l’on peut dire que la CENI a faillit à cette  noble mission que le peuple lui avait confiée.

Cependant, à l’approche des échéances électorales, il était question de reformer cette institution en vue de la rendre plus fiable et capable d’organiser des élections libres et transparentes pour le bonheur de tous.

Pour cela, il était question de mettre en place une CENI technique que politique. Donc dépolitiser cette institution pour y mettre un maximum d’agents statisticiens, informaticiens, anthropologues ou sociologues pour analyser le plus scrupuleusement les défaillances du système et l’améliorer pour l’adapter au fil des scrutins.

Mais fort malheureusement la nouvelle loi votée par le parlement il ya quelques jours sur la restriction de cette institution, créé une nouvelle polémique, en ce sens que ces nouveaux critères sont taillés sur mesure pour favoriser les « grands partis » : RPG, UFDG, UFR.

Pourtant, ils ne sont pas les seuls animateurs de la vie politique guinéenne. Mieux, cette loi n’apporte rien quand à l’amélioration qualitative de la CENI, elle crée plutôt d’autres équations  difficiles à résoudre

Sur ce, l’on peut se poser plusieurs questions au lendemain de ce vote du parlement.

Le pouvoir à travers cette nouvelle polémique, cherche t-il à gagner du temps pour l’organisation des échéances électorales à venir ? Les autres partis politiques de l’opposition qui ont voté cette loi, continueront-ils à crier à la fraude au lendemain de chaque élection ? Les jours à venir nous édifieront sur ces questions.

Toute fois, un enseignement se dégage de cette situation : nos dirigeants ne cherchent pas à répondre aux aspirations légitimes du peuple. Il serait peut être temps que le peuple prenne son destin en main.

VIVE LA CENI TECHNIQUE, VIVE LA DEMOCRATIE



Sonny CAMARA

Administrateur Général


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