Société : Pourquoi les forces sociales peuvent perdre ?

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Dans toutes les luttes sociales, il y a deux constantes qui sont universelles :

-La première, les gouvernants et les acteurs de la revendication se testent mutuellement comme on testerait des batteries. Au chantage de déclencher la défiance politique (manifester, faire grève…) des acteurs de la revendication, s’opposent la menace des gouvernants d’interdire toute défiance politique et cela  sous le sceau de l’expression magique qu’est le « maintien de l’ordre public ». De façon constante et universelle, les gouvernants commencent toujours par ignorer et mépriser les acteurs d’une revendication.

-La seconde constante, est que les forces et avantages des gouvernants constituent les faiblesses des acteurs d’une revendication. Conscience politique, autonomie financière, complicité de classe, et temps pour les gouvernants, s’opposent la fragilité financière, manque de temps, manque de conscience politique, et manque d’unité idéologique ou politique pour les acteurs des revendications.

Après ce propos général, commun  à toutes les luttes sociales, examinons maintenant le cas particulier de notre pays.

I-LES FORCES DES GOUVERNANTS

1-LA DISPOSITION D’UN FONDS SOUVERAIN

Qu’est-ce que j’appelle fonds souverain des gouvernants ? Il s’agit d’un ensemble constitué de biens matériels et immatériels : épargnes bancaires, placements, actions, privilèges, immunités,  biens mobiliers et immobiliers qui leur génèrent  mensuellement des revenus, et la disposition d’un réseau solide leur  permettant d’être à l’abri du besoin.

Ainsi, nos gouvernants disposent de ressources pour tenir et supporter une confrontation dans la durée avec les forces sociales ou syndicales. Ils n’ont pas le souci de leur ventre, denrées alimentaires, et carburants ils en ont toujours suffisamment.

 2-L’UNITE PRATIQUE DES GOUVERNANTS

Face au peuple, ils sont tous unis en un bloc monocolore, il n’y a pas d’ethnies dans leur  petit monde, pas de peul, malinké, soussou, kissi, ou ce genre de conneries.  Seuls les intérêts matériels et politiques comptent. Les gouvernants ont la conscience politique nécessaire pour identifier leurs intérêts, localiser leur place dans l’environnement politique et social.

3-LE TEMPS

Les gouvernants peuvent même travailler après le travail. Autrement dit, nos gouvernants ont tout leur temps à consacrer pour maitriser la confrontation. Même après leur travail officiel de la journée,  ils travaillent  encore la nuit, en se passant des coups de fil, en se concertant, en planifiant, échafaudant  de nouvelles stratégies à décliner le lendemain.

Quant aux forces sociales, trois  facteurs les rendent fragiles :

II-LES FAIBLESSES DES FORCES SOCIALES

1-LE MANQUE DE RESSOURCES

D’une part, les forces sociales ne disposent pas d’épargne leur permettant de tenir  une longue confrontation sans travailler. Avec le temps, inexorablement, des questions existentielles vont les hanter : Comment nourrir la famille ? Comment se déplacer ?

Ils ne peuvent vivre souverainement (c’est-à-dire sans recevoir un chèque ou un virement) même pour une période de 3 mois. De cette fragilité financière, naitront les corrompus, les découragements, le pessimisme et le sentiment d’impuissance face aux gouvernants.

D’autre part, les forces sociales ne peuvent travailler après le travail pour la réussite de leur mouvement, contrairement aux gouvernants comme nous l’avons indiqué plus précédemment.

Après une journée de mobilisation ou de travail, les forces sociales se reposent (sommeil, télé, vie de famille…), pour reconstituer les énergies dépensées la journée.

2-L’ETHNOCENTRISME

Nous n’allons pas nous étendre sur ce facteur, on nous jetterait sur la figure le mot « victimisation ». Cependant, il suffirait de lancer au milieu des forces sociales, du peuple, les mots de passes permettant d’activer l’ethnocentrisme, pour que le mouvement des forces sociales périclite, perdre l’adhésion populaire.

Ces mots de passe sont entre autre : dire et redire partout et tout le temps  que les forces sociales sont politisées, sont infiltrées et soutenues par l’UFDG ou autres partis de l’opposition, sont financées par les commerçants, que les membres viennent de l’opposition…

3-LE DEFICIT DE CONSCIENCE POLITIQUE

Seules l’idéologie, les fortes convictions forgées par l’expérience et la conscience politique, peuvent palier aux facteurs de fragilité que sont le manque de ressources et l’ethnocentrisme, en leur substituant  le sens du sacrifice, l’adoption de solutions alternatives contre le système, et la renonciation à un certain confort au nom d’un idéal, de certains principes, certaines valeurs.

CONCLUSION 

Gouvernants et gouvernés ne déploient pas la même énergie dans la lutte. Les réserves énergétiques des forces sociales correspondent aux réserves énergétiques d’un athlète sprinteur comme Usain Bolt (course rapide et courte pour le sprinteur, grand bruit et tapage au départ pour les forces sociales, mais qui s’épuisent rapidement).

Tandis que  les réserves énergétiques des gouvernants correspondent aux réserves énergétiques d’un athlète marathonien comme Gebreselassié (course longue et moins rapide pour l’athlète, et temps suffisant pour l’observation, la patience, la stratégie, les tests, le jaugeage pour les gouvernants).

Autrement dit, le temps est l’ennemi des forces sociales (facteur de pourrissement du mouvement), mais ami des gouvernants.



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