Le vote ethnique un danger pour notre démocratie et notre vivre ensemble Acte II

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D’abord avant de continuer l’analyse, l’on se pose la question de savoir : est ce qu’il ya un vote ethnique en Guinée ? je réponds par oui sans aucune ambivalence, en ce sens que les attitudes électorales sont influencées par l’appartenance ethnique ou régionaliste.

Dans le premier acte, j’ai parlé de la genèse de ce phénomène en m’intéressant à la période coloniale. Et je vais cette fois-ci aborder la période des indépendances.

Ahmadou Kourouma a écrit qu’entre 1957-1960 « comme une nuée de sauterelles, les indépendances tombèrent sur l’Afrique ». Durant cette période, la plupart des états africains accédèrent à l’indépendance. Ce fut le cas de la Guinée en 1958. Comme déjà annoncé dans le premier acte, au lendemain de la seconde guerre mondiale, le processus de décolonisation fut engagé par plusieurs colonies africaines francophones. Le 28 septembre 1958, la Guinée vota non au referendum du projet de constitution à la création d’une communauté franco-africaine proposée par le General De Gaulle, et proclama son indépendance dans une liesse populaire le 02 octobre 1958. Avec cette phrase qui est restée célèbre dans la mémoire collective des guinéens: « Il n’y a pas de dignité sans liberté: nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage.» (Sékou Touré). Touré devient alors le premier président du jeune Etat avec son parti le PDG.

A l’instar de la Guinée, la plupart des Etats africains indépendants selon Barry « prévoyaient dans leurs textes fondamentaux, la liberté de formation et d’action des partis politiques ». Mais, ces dispositions constitutionnelles disparaîtront au fil des années. En Guinée, le PDG devient alors le parti unique sur l’arène politique suite à son monopole sur l’état. Pour défendre cette cause, les premiers présidents africains comme Sékou Touré avançaient des arguments pour soutenir l’instauration des partis uniques dans cette période de révolution. Pour eux, « seul le parti unique peut promouvoir la modernisation en accélérant le processus de croissance économique; le parti unique seul peut arriver à une véritable intégration nationale; enfin, le parti unique est seul compatible avec une société sans classes. » (Sylla). Autrement dit, pour le président d’alors, l’arme fatale pour vaincre la pauvreté et amorcé la modernisation du jeune Etat était le parti unique. Ces dirigeants pensent aussi que le poly ethnisme des nouveaux états est une sorte d’obstacle à la mise en place de tout régime démocratique. Pour eux, selon Barry, « l’essentiel de l’action intellectuelle et politique, doit donc consister à mettre en place une conscience unitaire qui transcende l’appartenance ethnique »

En Guinée, pendant cette période, avec l’instauration du parti unique, toutes les manifestations d’activités politiques émanaient du seul parti, qui est devenu un « parti état » en ce sens que le parti unique est devenu un instrument type de « domination, d’homogénéisation, aux mains d’un groupe de dirigeants ». Dans le même ordre d’idées, Laveau affirme que : « les agents dominants du système politique bénéficient d’un statut de monopole ou de quasi-monopole (….) une position d’indépendance quasi absolue par rapport au système social et à tous les groupes au sein desquels ils disposent du pouvoir d’interdire l’émergence d’agents sociaux qui n’auraient pas leur approbation. A l’intérieur même du système politique, ces agents pour éviter et réduire les spécialisations fonctionnelles(et, par voie de conséquence, les oppositions et les transactions) entre les structures politiques ont soin de soumettre toutes les structures et tous les processus de conversion et de production des actions politiques à la surveillance et à l’animation de leurs propres émissaires( les cadres du parti) eux-mêmes constamment placés sous un régime d’émulation, de contrôle, de promotion et d’insécurité. »  Ce qui signifie que seul le parti unique propose des administrateurs. Il se confond ainsi à l’administration en monopolisant tous les secteurs de la vie politique et administrative du pays.

ces analyses mettent en relief les conséquences du triomphe de ces partis uniques en Afrique, dans la mesure où l’on assiste à une forte concentration du pouvoir et des responsabilités entre les mains des différents cadres du parti unique de façon très subtile, c’est-à-dire une sorte d’équilibre et de dosage « de telle sorte que chaque groupe ethnique ait le sentiment de participer effectivement au pouvoir ». Cette politique de dosage a favorisé le réveil et l’entretien des particularismes. Ainsi,  selon Sylla, « de nouvelles tribus naissent ou renaissent, alors qu’elles avaient tendance à se fondre avec les ethnies apparentées : les clans se donnent les allures de tribus particulières et fondent les comités ethniques du parti afin de recevoir leur part du gâteau ». A cela, le président Sékou Touré a aussi utilisé pendant cette période le principe de diviser pour mieux régner. En créant une langue d’enseignement dans chaque région naturelle. Ainsi, la Guinée ayant 4 régions naturelles, en Basse Guinée, il était enseigné le Soussou, le Poular ou Foulani en Moyenne Guinée, le Malinké en Haute Guinée et le Kpelé en Guinée Forestière. Tous ces éléments ont contribué à la division ethnique du pays, qui, plus tard, influenceraient la création des partis politiques.

Selon Charles (1967), entre 1958 et 1966 il y avait au sein du bureau politique national (l’organe du PDG) 47 % de Malinké (le groupe ethnique du chef du parti et président de la république), 28% de soussou, 14 % de forestiers et 11 % de peul alors que ce groupe représentait à l’époque près de 29% de la population. Ces faits conduisent certains groupes à des frustrations, dès lors qu’ils se sentent marginalisés dans l’exercice et la redistribution des richesses, et d’autres à des replis identitaires. C’est ainsi que pendant les années 90 avec l’avènement du multipartisme, l’on assistera à la création des partis politiques à connotation ethnique et régionaliste : PUP de Lansana Conté (Soussou) et originaire de la Basse Guinée, l’UNR de Mamadou Bah et le PRP de Diallo Siradio tous des Peuls pour la Moyenne Guinée, le RPG de Alpha Condé pour la Haute Guinée et l’UPG de Jean-Marie Doré pour la Guinée Forestière. Sur ce, la création de ces partis a plutôt renforcé des votes à caractère ethnique.

Vive la démocratie vive la Guinée

Bonne lecture à tous le troisième acte dans nos prochaines éditions

 



Sonny CAMARA

Administrateur Général


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