Que les forces sociales et les syndicats sont politisés, et après ?

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Classiquement, dès que des syndicats ou des forces sociales persévèrent dans leur opposition face à un gouvernement, le parti au pouvoir et ses soutiens, les accusent de « faire de la politique », d’ « être politisés », de « faire le jeu ou de rouler pour l’opposition », etc.
Ces personnes appréhendent la politique comme une sorte d’université, où il faut s’inscrire, avoir sa carte d’étudiant, son certificat de scolarité, pour avoir la qualité d’étudiant. Ces personnes n’appréhendent la politique que par les structures des partis politiques, le militantisme au sein des partis, ou encore, par le biais des actes et actions du gouvernement.
I-SORTIR DE L’IGNORANCE OU DE LA MAUVAISE FOI
S’étonner, se révolter, tempêter que les forces sociales ou les syndicats fassent de la politique, c’est de ne rien comprendre à la politique, ou avoir une conception restrictive, microscopique de la politique.
La politique n’est pas la propriété privée des partis politiques, ou des hommes et femmes qui s’en revendiquent, de même que le social ne constitue pas le pré carré exclusif des syndicats ou des forces sociales.
La politique n’est pas un domaine cloisonné, on n’est pas en droit ou en biologie ou chacun est rangé dans un tiroir.
C’est la politique qui permet à un forgeron, un plombier, un commerçant ambulant, un collégien, d’interpeller, de contester, de bousculer sur le terrain des idées, un homme politique d’envergure nationale, voire un président de la république. On ne peut reproduire ce schéma face à un juriste, un médecin, un ingénieur. Juriste que je suis, un forgeron n’a rien à me dire ou m’apprendre en droit, mais en politique oui.
La politique consiste d’abord à avoir des idées, ensuite à vouloir les partager, enfin, vouloir les voir triompher, ou influencer, si possible par l’acquisition et l’exercice du pouvoir. Et cela n’est pas l’apanage des intellectuels, d’hommes en costume cravate, ou de femmes élégantes. La politique n’est ni une science ni une profession, et ceux qui en sont amateurs, ou qui se trouvent sur le terrain de l’affrontement politique, ne portent pas un titre professionnel protégé, réglementé. Lire même cet article c’est faire de la politique.
II-PARTIS POLITIQUES ET SYNDICATS
Historiquement, les syndicats précèdent les partis politiques. Des syndicats, naquirent les partis politiques de gauche, la plupart des leaders des partis de gauche, furent d’abord des leaders syndicaux.
De nos jours, les deux entités s’influencent et s’opposent selon les circonstances. Ainsi, il arrive que les syndicats s’approprient les revendications d’un parti politique, portent celles-ci sur le terrain, et il arrive qu’un parti cautionne, porte haut et fort les revendications d’un syndicat. Donc selon les circonstances, l’une peut servir l’autre de « courroie de transmission ».
Entre syndicats et partis politiques, selon les affinités idéologiques, les circonstances, les aspirations et valeurs partagées, on peut assister à la coopération, à la subordination, et parfois à l’hostilité. En Angleterre, le parti travailliste a peiné à s’émanciper du syndicat des travailleurs. En France, la CGT s’est émancipé progressivement du PS. Mais les affinités idéologiques demeurent toujours.
Quelle politique ne relève pas des syndicats, ou des forces sociales ? C’est la politique qui porte sur l’acquisition et l’exercice du pouvoir. Ils ne cherchent pas à acquérir ou à exercer le pouvoir à la place du gouvernement, ils ne s’identifient pas comme adversaires du pouvoir, ils ne contestent pas n’importe quelle mesure gouvernementale, contrairement aux partis politiques. Un syndicat ne peut appeler au départ d’un président, tandis qu’un parlementaire ou un groupe de parlementaires peut porter une telle revendication.
C’est pourquoi le syndicaliste Aboubacar Soumah n’a pas demandé le départ de notre président, alors que le député Ousmane Gaoul l’exige chaque matin après avoir pris son petit-déjeuner.
III-COMMENT FONT-ILS LA POLITIQUE ?
Les syndicats et les forces sociales font de la politique dans la mesure où ils arrivent à s’octroyer les prérogatives des parlementaires qui consistent à surveiller, contrôler, et s’opposer s’il y a lieu, à l’action gouvernementale.
D’où tirent-ils leur légitimité ? Le silence, le manque de courage, la complicité, le calcul cynique des parlementaires, leur qualité de marionnettes, ne laissent aucun choix aux syndicats et aux forces sociales que de manifester contre le gouvernement, ou négocier directement avec celui-ci.
Les syndicats et les forces sociales font encore de la politique dans la mesure où ils arrivent à jouer le rôle des partis politiques qui consiste à s’opposer, contester, et proposer.
Et les forces sociales, les syndicats, feront de la politique à chaque fois :
1-Qu’ une politique ou une stratégie gouvernementale porte atteinte à leurs intérêts matériels et moraux, tant individuels que collectifs.
2-A chaque fois que des mesures gouvernementales relatives à la fiscalité, au droit du travail, au transport, santé, éducation, portent atteinte aux intérêts des syndicats.
3-A chaque fois que l’Etat porte atteinte à des intérêts non partisans, à des valeurs et principes au dessus du système partisan des partis politiques, des intérêts trans-ethniques (au-delà des ethnies), les forces sociales s’activeront
Les forces sociales et les syndicats sont des entreprises politiques en sommeil, seule la politique, et la stratégie du gouvernement les réveillent, les activent.
Ce sont des morts-vivants, au gouvernement de ne pas les réveiller.



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