Liste des promoteurs du troisième mandat : Droit de réponse au « Droit de réponse à Sayon Dambélé de Mohamed Lamine Haidara »

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Cher Lamine, je me serais bien passé de discuter avec toi sur la place publique tant notre amitié, très longue amitié – nouée depuis les bancs du collège 28 septembre de Coronthie – et notre affection réciproque commande qu’on se parle de vive voix, entre quatre yeux au lieu de passer par le filtre des réseaux sociaux. Mais en toute chose, circonstance oblige. Tu m’interpelles ici, je dois me résoudre à te répondre, le plus cordialement possible :

– Je rappelle que mon texte qui fait l’objet de ta tribune ne visait qu’un seul but : dénoncer une méthode de fichage, de nomination ad hominem dans le but d’indexer des personnes à la vindicte populaire. Ces techniques sont connues et l’histoire des régimes totalitaires et fascisants (Troisième Reich, le règne de Mussolini, Vichy, Staline et plusieurs autres dictatures d’autres horizons, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie…) nous l’ont prouvé. Même si les époques ont changé, la dangerosité des méthodes demeure. L’idée de désigner des boucs-émissaires comme ennemis des peuples est abjecte. Personne ne sait quelles conséquences réelles une telle démarche peut engendrer. Aujourd’hui ce sont leurs noms et leurs fonctions, demain ce sera peut-être leurs adresses et leurs numéros de téléphone, ensuite, les noms des enfants et les adresses de leurs écoles jetés en pâture, après-demain, les noms des épouses etc…On ne met pas la main dans un tel engrenage. Tu dis que tu serais fier à leur place de figurer sur une telle liste, car ce serait une légitimation d’une prise de position assumée. Sauf que tu feins d’oublier le contexte sociopolitique d’un pays à cran où les esprits sont chauffés à blanc. Je prie Dieu en ces périodes de pénitence de te préserver d’une telle démarche spécieuse et dangereuse de la part de tes adversaires politiques. En démocratie, on doit souffrir d’entendre des avis contraires. Ceux qui se battent pour une société apaisée et démocratique tentent des méthodes d’intimidation et de « barbouzes », que feront-ils lorsqu’ils seront au pouvoir ? Dois-je rappeler qu’il était quand même question de porter plainte à la Haye dans la rubrique « commission de crimes de masse… ». C’est grotesque. Et si seulement ce n’était que drôlerie et bêtise, on n’aurait pu s’en passer mais cela ouvre une chasse aux sorcières inacceptable. Pour être complet, nul ne doit être persécuté en raison de ses opinions. Les arrestations de manifestants opposés au projet de nouvelle constitution n’étaient naturellement pas acceptables et ne devront en aucun cas se reproduire. Auquel cas, nous le dénoncerons aussi.

– Ensuite, je ne peux laisser passer tes commentaires contre le Pr Maurice Zogbélémou Togba empreints d’un manque de respect pour une telle personnalité – ancien Ministre, haut fonctionnaire, professeur – et d’un culot incroyable en matière de Droit. Tu écris, je te cite : « un simple agrégé de Droit, sûrement du CAMES, il n’est cité nulle part dans les grandes revues juridiques… ». Ne serait-ce que cet extrait, on voit bien que tu es dans l’excès et la démesure mais le plus problématique pour toi, c’est que tu te trompes. Tu n’as sûrement pas relevé dans la tribune tant décriée du Pr Togba le passage allusif à l’une de ses contributions en 2013 dans la Revue Juridique et Politique des Etats Francophones (N°2, p.195) portant sur le contexte et les innovations de la constitution guinéenne de 2010. Cette Revue prestigieuse, créée depuis 1946, recense les contributions des plus grands professeurs, praticiens et spécialistes du Droit Public International (Droit constitutionnel, Droit administratif et droit international public, Droit public économique). Elle compte parmi ses abonnés réguliers l’essentiel des établissements internationaux d’enseignements supérieurs du Droit dont près d’une cinquantaine d’universités américaines. Tu vois bien qu’en tenant de tels propos sur le Professeur Maurice Zogbélémou Togba, cela confine, tu m’en excuseras, à une forme d’ignorance de l’étendue de son envergure intellectuelle en la matière. N’étant pas juriste, t’aurais pu modestement respecter davantage un tel professeur, quitte à ne pas prendre pour acquis les conclusions de sa tribune. De manière plus générale, je trouve insupportable que de simples diplômés de Droit, voire souvent des étudiants s’élèvent contre des sommités pareilles avec autant de morgue, de facilité et d’irrévérence. On gagnerait tous à plus de modestie et à surtout respecter le savoir.

– Dans la même logique que le point précédent, on ne peut traiter les tenants du projet de la nouvelle constitution d’anti-démocratiques. Que d’autres spécialistes du Droit se prononcent, que les uns et les autres confrontent leurs idées afin d’éclairer le citoyen ordinaire. C’est cela qui devrait se faire au lieu de disqualifier le camp d’en face. Tu indiques dans ta tribune en citant le professeur Aliou Badara Fall, professeur de Droit public à l’Université de Montpellier, l’idée de l’interprétation des textes juridiques à travers ce que les doctrinaires appellent « techniques d’interprétation des normes ». Sauf que tu ne tiens compte de l’élasticité de ces interprétations qu’en faisant passer l’idée que seuls les hommes au pouvoir l’utiliseraient pour les fins politiciennes. Quid de leurs adversaires qui peuvent eux-aussi s’engouffrer dans ce « relativisme juridique » pour justifier leur opposition ou leur approbation à telle ou telle réforme. Tu vois bien que dès lors qu’on parle d’interprétation, surtout en matière de Droit, la vérité absolue reste relative. C’est curieux de convoquer ce principe et en même temps prétendre détenir la vérité sur le sujet de débat qui nous occupe.

– Enfin, j’aimerais faire une mise au point générale. J’ai été interpellé par certaines personnes qui me soupçonnent de rouler pour le camp du pouvoir. Leurs seuls arguments est que « je tape trop sur le camp de l’opposition » ou que ma « neutralité auto-proclamée » vaudrait forcément un soutien au pouvoir. Je voudrais dire, une fois pour toutes, que je n’ai pas choisi mon camp. Je sais que c’est exaspérant, mais je n’en ai cure. Je revendique ce luxe et surtout celui de continuer à intervenir sur la place publique avec toute ma liberté. L’hémiplégie est l’une des maladies morales très répandue en Guinée : on doit absolument choisir un camp et tout de suite sous peine d’être frappé de complicité voire d’imposture. Je m’y refuse.

Voilà cher ami mon droit de réponse au tien. En te conservant toute mon affection.

Sayon Dambélé



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