LETTRE A DOCTEUR FAYA MILLIMOUNO, PRÉSIDENT DU BLOC LIBÉRAL ET PRISONNIER DE ALPHA CONDÉ : SOW ROUSSEAU

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« Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans ».

Qui parla ainsi ? C’est l’historique, la fameuse déclaration du procureur Italien dans son réquisitoire lors du procès contre Antonio GRAMSCI (philosophe et communiste Italien).

Le procureur fasciste de Mussolini, voulait briser GRAMSCI, mais ce dernier, en prison, s’est mis à faire fonctionner son cerveau plus qu’encore quand il était en liberté. En sortant de prison en 1937, après 10 ans d’emprisonnement, Gramsci avait écrit près de 8000 pages de manuscrits constituant ses « Cahiers de prison ». L’œuvre carcérale de GRAMSCI est toujours enseignée dans les meilleures universités au monde.

Qui est entré dans l’histoire, GRAMSCI ou le procureur ?

Docteur FAYA, voici ce dont vous avez besoin dans votre cellule : un livre, un stylo, un paquet de rames, de l’eau, des fruits et des noix de cajou.

Profitez de ce séjour imposé pour réfléchir et écrire sur les sujets suivants : la prison, la justice, la domination politique, les droits de l’homme.

Décrivez à vos compatriotes votre cellule jusqu’aux moindres détails, notez toutes les idées qui traversent votre tête, décrivez votre façon de vous allonger, dites-nous à quoi ou à qui vous pensez le plus, décrivez la nourriture qui vous est servie, les comportements des gardiens, présentez-nous votre voisin de cellule, partagez avec nous vos conversations carcérales, parlez-nous du temps en prison, est-il lent, court, statique? Dites-nous c’est quoi une journée, une nuit de FAYA en prison ? Bref, à votre sortie, vos écrits constitueront le bras d’honneur adressé au régime et à l’ensemble de ses partisans. Par vos écrits, vous montrez à ces petits juges sans caractères comme des cornichons dans une boite, qu’on ne peut vous briser, ni entamer votre détermination pour l’avènement d’un État de droit en Guinée.

Docteur FAYA, en vérité, vous n’êtes pas en détention pour avoir commis une infraction, ni pour avoir violé les obligations contenues dans le contrôle judiciaire. Votre détention, votre persécution, sont la conséquence du nouveau droit pénal guinéen instauré depuis l’arrivée de Alpha Condé au pouvoir en 2010. En effet, depuis 2010, l’infraction pénale en Guinée est constituée de deux éléments non cumulatifs : soit votre positionnement politique, soit votre ethnie. L’un ou l’autre élément suffit pour vous condamner, et quand sur votre tête se cumulent les deux éléments, là, c’est le top du top pour le juge pénal.

Supposons que Bantara(ou Bantama) SOW, ou Damaro, ou tout autre leader du RPG, même sous contrôle judiciaire, affirme que docteur FAYA faisait partie de la rébellion de l’année 2000. Qui peut sérieusement imaginer qu’un procureur ou un juge d’instruction bouge le petit doigt pour le coffrer?

L’horloge du sommeil de nos juges est réglée de la façon suivante : ils dorment automatiquement quand les partisans du régime commettent des méga-infractions, et se réveillent automatiquement quand des opposants commettent des nano-infractions.

Docteur FAYA, n’allez pas en prison inutilement. Allez en prison inutilement, c’est passer sa vie de prison à seulement compter les jours et à penser à la sortie. Servez-vous de votre cellule comme matière première pour votre cerveau, montrez au juge d’instruction que la prison n’est pas la fin de la politique pour vous, mais la continuité de la politique par d’autres méthodes.

Docteur FAYA, plus qu’un homme politique, vous êtes un appareil de mesure du degré de la conscience politique des Guinéens : quand on sait les valeurs que vous incarnez, et on voit votre minuscule score électoral, on comprend vite que les électeurs sont phagocytés par l’ethnocentrisme. Dans les prochaines années, plus l’électeur sera conscient, plus votre score électoral grimpera, on parlera alors de « l’échelle FAYA », du « FAYAMETRE » ou encore de la « FAYAMETRIE ».

Enfin, qu’est-ce qu’être persécuté dans une dictature ?

Dans une dictature, Si vous êtes persécutés, ce que vous êtes magnifiques en quelque manière, être persécuté c’est être magnifié, indexé comme porteur d’une idée, d’une certaine vérité, d’une certaine beauté, et d’un certain caractère. On ne persécute jamais les « sans idées », les « sans arguments » et les « sans caractères ».

La vraie persécution s’abatte sur ceux qui font l’histoire, on ne réprime pas les puceaux, mais les virils, on ne réprime pas ceux qui squattent la vie, c’est-à-dire, les indifférents, ceux qui sont incapables de dire NON, de résister, de revendiquer, de se révolter, mais profitent quand même de chaque droit, chaque progrès, chaque liberté obtenus par le sang et la sueur de ceux qui vivent la vie.

Tenez bon, pensez à votre pays, et sachez que nous sommes nombreux à croire en vous et à votre combat.



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