Lettre Ouverte au Président de la République

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 Mr  le Président,

Vous avez incontestablement  marqué les fils et filles de Guinée par votre constance et votre bravoure durant  près de quarante (40) ans de lutte dans l’opposition pour l’instauration de la démocratie en Guinée.

N’êtes-vous pas cet opposant emblématique qui refusa d’appartenir aux précédents régimes dictatoriaux?

Ce peuple vous a honoré en vous portant à la tête de ce pays par la vertu des urnes et de la façon la plus ‘‘démocratique ’’.

De nos jours, le constat reste très alarmant. Vous avez dit dans l’une de vos premières  adresses à la nation, en prononçant ces quelques mots en anglais « Guinea is back » qui veut justement dire « la Guinée est de retour ».

Ce slogan prometteur a fait renaître en nous un  espoir de rompre totalement avec les actes anticonstitutionnels des règnes précédents.

Selon le peuple souverain de Guinée, une nouvelle ère s’annonçait, celle du retour  triomphal des institutions fortes, de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance, du développement, de la participation citoyenne, de la quiétude sociale…

Mr le président,

Votre idole Madiba de Robben Island fut pour sa nation une référence en terme de consolidation de la paix, de rapprochement, de pardon, de tolérance malgré les différences d’un peuple autrefois fragilisé par la pratique  de l’Apartheid et le ségrégationnisme racial  d’où l’idée de composer et de développer la République avec tous sans distinction aucune, l’Etat ‘‘ Arc-En-Ciel’’.

Nous fûmes surpris que le caractère partisan et les considérations subjectives aient prévalu lors de la composition de vos différents gouvernements.

Vous avez refusé d’ôter le manteau d’opposant par vos sorties médiatiques truffées de haine, de menaces, d’insultes  au siège du parti au pouvoir. Ces actes ne représentent-ils pas un parjure ?

Il est d’une évidence notoire que vos gouvernements sont tout sauf républicains. Ils sont composés sur des bases électoralistes, affairistes, animés d’une seule envie celle de piller systématiquement les biens de la République. Ils n’ont jamais répondu aux aspirations de l’écrasante majorité de la population.

Votre « ethno-stratégie » vous permet de vous maintenir aux affaires tout en cultivant une haine viscérale  et un climat de méfiance entre les frères et sœurs d’une même nation.

On a l’impression qu’au sommet de l’Etat, vous avez créé des institutions parallèles aux institutions officielles réduisant celles-ci à un rôle de figuration à leurs têtes des valets qui vous sont aliénables et corvéables à souhait.

Economiquement, le secteur minier qui est le principal pourvoyeur de l’Etat en devises étrangères a été pratiquement privatisé, des contrats de gré à gré ont été signés avec des sociétés pratiquement inconnues dans le seul but d’enrichir une petite minorité bien connue des Guinéens avec un mépris souverain pour les normes fondamentales de l’environnement, du droit des populations  en violation flagrante des dispositions pertinentes du code foncier et domanial de la république de Guinée.

Depuis 2010 les élections sont malheureusement tenues dans des conditions d’opacité totale et d’une moralité scandaleuse. Aujourd’hui, il est notoirement établi que le fichier électoral existant comporte plus 1.500.000 électeurs fictifs.

Quand le peuple manifeste contre les conditions dans lesquelles les élections se tiennent ce qui est un droit qui lui ait reconnu par la constitution, la seule réponse que le gouvernement trouve c’est d’envoyer contre les citoyens les forces de l’ordre avec tous les dérapages qu’on a vécu.  

Le tristement célèbre cimetière de Bambeto compte aujourd’hui plus d’une centaine de martyrs qui sont tombés sous les balles tirées par des gens qui n’ont jusqu’ aujourd’hui pas été identifié.

Vous avez prorogé le mandat des députés dans des conditions d’une légalité discutable ce qui crée la confusion quant à la tenue des  prochaines élections législatives.

Mr le président,

Notre pays aujourd’hui est l’un des plus grands pourvoyeurs de demandeurs d’asile. Regardez-vous  dans le miroir et pensez à tous ses bras valides que nous sommes en train de perdre sur le périlleux chemin de la méditerranée.

Mr le président,

Il est notoirement connu que la Guinée a des potentialités qui lui permettent si elles sont bien gérées d’être parmi les nations au moins émergentes. Malheureusement la jeunesse à laquelle vous avez promis de consacrer le meilleur de vos efforts, est de nos jours contrainte à l’exil et souffre des maux tels que : la corruption, la démagogie, la gabegie financière, le népotisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, la mauvaise répartition des biens et services sur toute la ligne font  de notre pays l’un des plus pauvre du monde.

Mr le président,

Les consultations que vous avez initiées auraient pu être une excellente chose si elles avaient été tenues  dans le cadre d’une conférence nationale souveraine. Hélas!

Aujourd’hui le peuple frustré, humilié vous attend à la croisée des chemins et est déterminé à ne pas écouter les sirènes révisionnistes.

Il vous serait très avantageux d’abandonner ce référendum  car votre population n’y accorde aucun intérêt.

Respectez les vertus des intangibilités de la constitution, cela vous évitera  le déshonneur et les poursuites devant les juridictions. Car, il ne peut pas y avoir de nouvelles constitution sans violation de l’actuelle.

La démocratie est une compétition entre les fils d’une même nation, elle voudrait que les partis se succèdent au pouvoir par la voie des urnes et non par la voie de la rue.

Il faut obligatoirement une alternance, une alternance pacifique et apaisée.

Mr le président,

 L’idée d’une nouvelle constitution, d’un troisième mandat est un projet en violation flagrante de la Loi fondamentale qui conduira le pays dans une crise sans précèdent et qui risque de déstabiliser  la sous-région.

Evitons le scénario à la Blaise Compaoré. Préférez de sortir par la grande porte en faisant tout ce qui est de votre pouvoir pour faciliter cette alternance tant attendue par le peuple de Guinée.

Si vous voulez jouir du bénéfice de la démocratie, partez à la fin de votre deuxième et dernier mandat.

Mr le président,

Prenez votre téléphone, convoquez une conférence, adressez-vous à votre peuple qui vous a élu  en 2010 et réélu en 2015 et dites-leur de la façon la plus claire possible que vous n’allez plus vous représenter pour un nouveau mandat.

L’histoire vous reconnaîtra le titre de pionnier de l’alternance en République de Guinée.

Respectueusement !

Le Mouvement pour l’Alternance en Guinée

                                 M.A.G



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