Libre Opinion : La misère des populations riveraines de Souapiti

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Quelle coïncidence ? L’inauguration du barrage hydroélectrique de Souapiti prévue en décembre 2020 et l’élection présidentielle en Guinée prévue également en décembre 2020. 

Pendant que le gouvernement se glorifie de la réussite programmée du projet du barrage hydro-électrique de Souapiti en Guinée, les populations riveraines de ce barrage quant à elles déchantent : l’espoir promis par l’équipe projet et le gouvernement se transforme en désespoir.  Le paradis tant promis se transforme en enfer. Sur place leur quotidien rime avec misère, précarité, isolement, désolation, amertume, regret … c’est ce qu’a constaté la délégation de l’Union pour la Défense des Sinistrés de Souapiti (UDSS) lors de sa  dernière visite de travail.

Dans le cadre de ses activités l’Union pour la Défense des Sinistrés de Souapiti a effectué une mission de travail sur le terrain du samedi 18 octobre au mardi 03 novembre 2019 dans certaines localités concernées. Sous l’instruction du coordinateur général Ibrahima Bori Diallo et du bureau exécutif de l’UDSS, une délégation s’est rendue sur les lieux à sa tête,  Monsieur Issiaga Soumah,  secrétaire chargé à l’organisation de l’Union. Monsieur Soumah de son retour ne cache pas ses inquiétudes et craintes vis-à-vis de la dégradation progressive de la situation des populations riveraines de Souapiti. Cette énième étape de la mission s’est consacrée essentiellement à la rencontre des populations riveraines de la Sous-Préfecture de Bangouyah dans la préfecture de Kindia pour recueillir leurs témoignages, observer la situation, collecter les informations, constater les faits afin d’évaluer l’impact direct  du projet sur ces populations.  Monsieur Soumah et l’ensemble de l’équipe du terrain se sont rendus dans les localités de Warakhalan et de Kinfaya abritant des milliers de déplacés dans la sous-préfecture de Bangouyah préfecture de Kindia. A noter que ce genre de missions sera effectué sur toutes les localités concernées dans les quatre préfectures impactées par le projet. 

Des difficultés particulières et des conditions de vie misérables constatées sur le Terrain :

L’UDSS a constaté des difficultés qu’elle a classées en quatre (4) catégories. Trois catégories de difficultés sur les sites de réinstallation et une autre catégorie regroupant toutes les populations qui sont restées sur place (populations isolées).

Images illustratives sur le quotidien des sinistrés de Souapiti (isolement, manque d’infrastructures de base, …)
  1. Les Habitants nouvellement recasés dans les nouveaux sites : Malgré qu’ils aient reçu  leurs logements, ils  se retrouvent dans des logements restreints, surchargés, cloisonnés, sans électricité, ni intimité familiale, ni eau potable de qualité, ni nourriture, sans activités durables rémunératrices de revenu et les infrastructures sont soient insuffisantes, inadaptées ou inexistantes. Ces habitants  se retrouvent dans un désespoir total car les promesses ne sont pas tenues. Par exemple à  Kinfaya, on note deux pompes mécaniques d’eau  potable , une école  primaire de six (6) salles de  classe, un collège  de quatre (4) salles de classe non fonctionnel, un Centre de Santé, deux (2) Mosquées pour une population de 4000 personnes précise Monsieur Soumah. Il faut souligner à ce niveau, qu’il n’y a pas de logements de fonction pour les enseignants et pour le corps médical, ni un marché qu’il soit hebdomadaire ou quotidien et les routes aménagées à cet effet sont quasi impraticables.
  2. Les  oubliés ou omis du projet : Ils ont été recensés et étaient promis à des nouvelles maisons dans des nouveaux sites tout en leur empêchant de continuer leurs activités agricoles au compte de la saison 2019-2020 leur permettant de se nourrir  pour l’année, mais malheureusement à leur arrivée ils n’ont rien trouvé sur place. Conséquences immédiates les gens sont sans abri, ni réserves alimentaires à cela s’ajoutent les mêmes difficultés auxquelles sont confrontés la première catégorie d’habitants qu’on a cité au point 1. L’absence de logements et de nourritures pour ces derniers rendent ainsi la situation chaotique.  
  3. Les familles divisées : Dans certains cas on note des villages divisés en deux causant ainsi une scission au sein d’un même village et d’une même famille. A ce niveau les habitants sont partagés arbitrairement sans aucune logique,  sans tenir compte des liens familiaux, une partie est obligée de rester et l’autre partie est sommée de quitter les lieux pour les nouveaux sites affectés à cet effet. Une tristesse dans les deux cas due à l’éloignement des membres d’une même famille, de la fissure sociale et familiale causant ainsi des maladies et des dépressions.
  4. Les cas d’isolement : Il y a plusieurs villages qui sont restés isolés, ces villages ne sont accessibles que par les pirogues avec des coûts de traversée  exorbitants. Ces habitants restent coupés de tout leur voisinage. Ce le cas de des certains villages par exemple de Dombelé dans Kindia, de Konkouré, de Taâ Malan dans Télimélé. Ces habitants courent un grand risque au péril de leurs vies en prenant des pirogues pour fréquenter les voisins ou pour faire des petites courses de survie quotidienne. C’est l’une des situations la plus vulnérable. On se demande même comment ils arrivent à survivre sans aucune assistance ?

Deux faits majeurs constatés à tous les niveaux, chez toutes les populations riveraines

Au-delà des classifications des personnes et des difficultés constatées  sur le terrain, ils existent deux autres faits majeurs communs à toutes les différentes catégories  des populations riveraines : ce sont la reconversion massive des habitants au métier du charbonnage du bois et le manque de communication de l’équipe projet vis-à-vis des populations riveraines et de leurs représentants.  

  La reconversion  Massive de certains habitants vers le charbonnage du bois

Sachant que l’exploitation abusive du charbon du bois entraîne une dégradation de nos  forêts et de la biodiversité. Cela contribue au bouleversement des conditions micro climatiques par les effets de serres ainsi que des bouleversements écologiques. A ce niveau le constat est alarmant car la plupart des jeunes hommes n’ayant plus la possibilité d’exercer l’agriculture et l’élevage car privés de leurs terres se sont reconvertis en charbonniers pour joindre les deux bouts et permettre leurs familles de survivre. Si rien n’est fait dans l’urgence, les populations seront très prochainement confrontées aux conséquences de la sécheresse et de la déforestation.

Images illustratives montrant les camions, les sacs de charbon …

Le mensonge et le manque de communication de l’équipe de projet

L’autre constat qui se délie sur toutes les langues est le manque de communication fiable  vis-à-vis des communautés et s’il y a eu un temps soit peu de communication cette dernière est constituée de gros mensonges taillés sur mesure par l’équipe projet de Souapiti. Aux dires des citoyens au départ l’équipe projet communiquait avec les chefs locaux mais sur des questions purement administratives et depuis il n’y a plus de communication. Le peu de communication se passe dans un seul sens et l’inverse est impossible.  Les rares fois que l’équipe projet communique, ce sont des communications orientées expressivement pour venter le mérite du projet constituant ainsi un fond de campagne pour le gouvernement. Aucune communication objective et sérieuse n’est donnée par l’équipe souapiti. Compte tenu du taux élevé d’analphabètes en milieu rural, ce sont souvent des messages propagandistes visant à passer les messages politiques du gouvernement. Aucun citoyen, ni les administrateurs locaux  n’ont le droit de contester leurs propos visant à discrédibiliser le projet Souapiti comme le projet phare du gouvernement. Toute personne donnant un avis contradictoire est considérée comme l’ennemi du projet et du gouvernement empêchant ainsi aux autres d’en bénéficier des avantages qui tardent à venir, provoquant ainsi une discrimination sélective des habitants en fonction de leur position vis-à-vis de l’équipe projet.  Toute personne en déphasage d’idée avec l’équipe projet se verra marginalisée et traitée de tous les maux et perdra d’office tous ses droits. Sur le terrain, les informations véhiculées  par l’équipe projet ne sont que des messages de désinformation, d’intimidation, de propagande gouvernementale.

Rappel des faits sur le projet Souapiti et l’union pour la défense des sinistrés de Souapiti (UDSS) :

Pour rappel, le lancement officiel des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Souapiti a eu lieu, le mardi 22 décembre 2015 par le président de la république Alpha Condé. Souapiti aura une puissance de 450 mégawatts et permettra d’absorber le déficit énergétique que connait la Guinée. C’est la société chinoise « China International Water and Electric » (CWE) qui est en charge de la réalisation du barrage pour une durée de 58 mois (décembre 2015- décembre 2020)  avec une enveloppe financière d’environ 1,5 milliards de dollars Américains dont 85% du montant est financé par la Banque Mondiale et les partenaires de la Guinée. Les 15% restants sont assurés par l’Etat guinéen. Le projet initial de Souapiti a plus d’un demi-siècle d’existence. Cependant, tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête de notre pays ont toujours ignoré l’implication des populations riveraines dans le projet. Ce barrage touche quatre préfectures de la Guinée (Pita, Télimélé, Kindia et Dubréka) prés de 12.500  personnes déplacées, prés 11.000 personnes isolées ou séparées avec leurs familles, Prés de 48.000 personnes concernées non recensées,  plus de 80 villages concernés, plus de 200.000 têtes de bétails, environ 306 km2 des terres seront englouties par l’eau. Le projet souapiti emploie 3000 personnes dont 1000 chinois venus de la chine et 2000 guinéens avec moins de 2% (moins de 60 personnes) de la part d’emploi des populations riveraines. C’est dans ce contexte que l’Union pour la Défense des Sinistrés de Souapiti « l’UDSS » s’est constituée pour défendre les droits des citoyens impactés par le barrage.  Depuis que l’UDSS est rentrée dans le jeu des acteurs pour défendre l’intérêt des populations riveraines, elle a essayé à plusieurs reprises d’échanger avec l’équipe projet et le ministère en charge. Malgré ces multiples tentatives de rencontre de l’UDSS avec l’équipe projet et le ministère, ces derniers se sont montrés peu disponibles pour échanger de la situation qui prévaut sur le terrain et n’ont pas accepté de donner les bonnes informations permettant à l’UDSS d’avancer.  L’équipe projet et le ministère en charge se limitent à des discours et promesses mais refusent d’agir concrètement,  de communiquer sur les éléments fondamentaux des projets et cela malgré plusieurs sorties médiatiques de l’UDSS dénonçant les agissements de l’équipe projet sous l’œil protecteur du ministère en charge de l’énergie. A ce jour plusieurs correspondances adressées à l’équipe projet  restent sans réponse.  Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain,  le refus de l’équipe projet de coopérer et de donner les informations crédibles et transparentes aux populations, l’UDSS reste optimiste et mobilisée pour la défense des droits des sinistrés. Elle lance un appel  à toutes les bonnes volontés  et à tous les niveaux pour apporter leur soutien afin de les permettre de gagner ce combat et de rétablir les citoyens dans leurs droits.

Elhadj Bah : guineedemocrate.centerblog.net/



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